Le blog de Mops

"J'ai un rêve, celui d'un monde où chacun vivrait de sa passion"

samedi 9 février 2013

Andrée Putman, la voix de l'intérieur

Par Stéphanie Doligez (auch auf deutsch) 

"Créer un intérieur, c'est faire le portrait du propriétaire sans que cela se voie et que cela soit indatable."  Andrée Putman
Andrée Putman entourée de ses collaborateurs
Cette phrase citée par Libé le jour de sa disparition, représentait parfaitement le travail d'Andrée.
Et à la question : "Vous travaillez seule ou en équipe ?", elle répondait : "Mon concept vient avec des mots. Toujours." Notre mission était là : traduire ses paroles en langage architectural en faisant les images de son histoire, comme dans un livre qu'elle aurait écrit :
Les croquis que nous faisions, généralement noir et blanc, lui étaient présentés avec une sélection de matériaux. Le travail de Linda Andrieux qui a travaillé toute sa vie avec Andrée. Comme nous avec les dessins, elle traduisait les désirs d'Andrée en associant des matières pour créer des ambiances.
Elle suivait tous les projets, jusqu’à la visite finale, où avec Andrée, elles ajustaient coussins et orchidées. Mais c'est toujours Andrée, devant la sélection éclectique et extrêmement professionnelle de Linda, qui choisissait, mélangeait, harmonisait les matières les unes avec les autres recréant  — parfois avec des associations improbables — le portrait du fameux propriétaire. Ce dernier voyait naître sous ses mains le nouvel univers dans lequel il allait vivre.
Croquis Stéphanie Doligez - Planche de matériaux Linda Andrieux
Je ne l'ai jamais entendue dire le mot "clients". Elle les appelait "ses amis". Elle avait besoin de ce lien fort pour avancer, c'était son moteur.
Venait ensuite la longue phase du dessin des plans, de descriptifs de cinquante pages, de consultation des entreprises et de choix des intervenants. Comme nous, certains agenceurs, éclairagistes ou éditeurs travaillaient avec elle depuis de nombreuses années.
"— À 83 ans, où puisez-vous l'énergie de travailler sur des projets aussi nombreux que variés ?
—  Je ne peux pas m’arrêter. J'ai beaucoup trop de responsabilités. J'ai 20 personnes qui travaillent avec moi, j'aime beaucoup les gens qui sont là. Certains travaillent avec moi depuis vingt-cinq ans."
Chez Andrée on restait longtemps. Les projets étaient si variés et Andrée si enrichissante humainement que la routine n’existait pas. Andrée savait s'entourer des bonnes personnes et avait la faculté de voir exactement ce que chacun de nous pouvait apporter à un projet. Nous étions parfaitement complémentaires. Il régnait dans l'agence une ambiance extrêmement familiale. Sans doute parce que une grande maison au bout d'une impasse arborée du 14e .
L'agence Andrée Putman - Brume le chat - Sur la terrasse avec Andrée, Cyrille et Olivia Putman
Alors que par périodes nous étions un peu serrés, Andrée n'a jamais voulu la quitter. Ces murs symbolisaient la limite de ce qu’elle pouvait gérer elle-même.
Son grand bureau trônait au dernier étage et donnait sur une grande terrasse, où nous déjeunions en été. Nos bureaux étaient en dessous,  trois grandes pièces, la cuisine, petit havre de paix pour nos moments de détente, et la gigantesque caverne d'Ali Baba de Linda où matériaux et documentation se côtoyaient d'une manière totalement anarchique. Seule Linda était capable d'y trouver quelque chose... Ce qui nous la rendait encore plus indispensable ! Dans l’entrée un grand Banc Eléphant accueillait les invités. Parfois surmonté de Brume, "notre" chartreux au yeux "couleur saphir", dixit Andrée.

Andrée en mosaïque, un rendu qu'elle adorait !
Voilà, Andrée nous a quittés. Impossible de le vivre comme la fin d'une histoire..., c'est au contraire un début. Le début d'un monde sans elle, le début d'un monde où nous, qui avons travaillé avec elle parfois de nombreuses années, allons prendre sa suite. A notre manière, avec notre identité, certes, mais un petit peu d'elle sera toujours dans nos créations...

L'art est ainsi fait, il est le reflet de notre âme, et la nôtre a croisé celle d'Andrée.




Andrée Putman, die Stimme aus dem Inneren  

"Eine Inneneinrichtung zu entwerfen bedeutet, ein Portrait des Besitzers zu zeichnen, ohne dass man es merkt, zeitlos". Diesen Satz von Andrée Putman zitierte vor einigen Tagen die Zeitung Libération. Auf die Frage, ob sie alleine oder zusammen mit einem Team arbeite, antwortete sie, "mein Konzept entsteht mit Worten, durch die Sprache ". Damit erkannten wir unsere Mission, wir mussten ihre Worte in die Sprache der Architektur übersetzen. Wir verwandelten die Bilder aus ihrer Geschichte in ein Buch, das sie hätte schreiben können. 

Unsere Entwürfe als Projektleiter, meistens schwarz-weiß, wurden ihr zusammen mit einer Auswahl von verschiedenen Materialien präsentiert. Wie wir in Skizzen, übersetzte Linda Andrieux Andrées Worte in Materialien und sogar, im Laufe der Zeit, in Stimmungen. Sie verfolgte alle Projekte bis zu Andrées letztem Besuch und beide vervollkommneten dann den final touch mit Kissen und Orchideensträußen. Aber es war immer Andrée, die beim Anblick der besonderen, ausgewählten und außerordentlich professionellen Vorschläge von Linda, schließlich das letzte Wort hatte. Sie wählte und harmonisierte die verschiedenen Materialien untereinander - manchmal mit überraschenden und ungewöhnlichen Zusammenstellungen - und schuf so das Portrait seines Besitzers. Dieser sah unter ihren Händen sein neues Zuhause entstehen. Niemals sprach sie von "Kunden", sie nannte sie alle "meine Freunde», sie brauchte diese starke Bindung um vorwärts zu kommen, diese Beziehung war ihr Motor. 

Danach begann die lange Phase der Skizzen und Pläne, der Beschreibungen auf fünfzig Seiten, die Nachfrage bei Unternehmen und schließlich die Auswahl der jeweiligen Handwerks-Betriebe. Wie wir, arbeiteten auch viele Ladenbauer, Lichtplaner und Verleger seit vielen Jahren mit ihr zusammen. - Wo finden Sie die Energie, mit 83 Jahren bei so zahlreichen und verschiedenen Projekten zu arbeiten? 
- Ich kann nicht aufhören, ich habe viel Verantwortung, ich habe 20 Personen in meinem Team, ich liebe alle, die hier sind, manche arbeiten seit 25 Jahren mit mir zusammen. 
Bei Andrée blieb man lange, die Projekte waren so verschiedenartig und Andrée menschlich so bereichernd, dass es keine Routine gab. Andrée wusste sich mit den richtigen Personen zu umgeben und hatte die Gabe zu erkennen, wer von ihnen genau das richtige für ein Projekt beitragen konnte. Wir ergänzten uns alle, es herrschte eine äußerst familiäre Atmosphäre im Büro, vielleicht auch deshalb, weil es sich in einem großen Haus am Ende einer mit Bäumen bewachsenen Sackgasse im 14. Arrondissement in Paris befand. 
 Es war zwar manchmal ein bisschen eng, aber Andrée wollte dieses Haus nie verlassen. Diese Wände waren für sie das Symbol eines Büros, das sie selbst und alleine beherrschen konnte. Ihr großes Büro befand sich auf der letzten Etage mit einer großen Terrasse, wo wir im Sommer zu Mittag essen konnten. Unsere Büros darunter, drei große Räume, eine gemütliche Küche, in der wir uns ein wenig ausruhen konnten, und Lindas riesiger Raum, wo Materialien, Broschüren etc. in wildem Durcheinander aufbewahrt wurden. Nur Linda war fähig, etwas darin zu finden... Deshalb war sie uns noch unentbehrlicher ! 
Im Eingang thronte eine „Banc Eléphant“, manchmal belegt von Brume, einer Kartäuserkatze mit „saphirfarbenen“ Augen, wie sie sagte. Genau wie sie selbst, musste das Büro tadellos sein Die Besucher dieses ungewöhnlichen Ortes waren immer sehr beeindruckt. Sicherlich der gleiche Eindruck, den sie hatten, wenn sie vor ihr standen. Da sie sehr groß war und eine raue Stimme hatte, fragte man sich oft, ob sie hart oder sogar streng sein konnte, wobei sie genau das Gegenteil davon war. Sie wusste es bestimmt, deshalb scherzte sie oft, um ihre Gesprächspartner zu entspannen. 

Nun hat uns Andrée verlassen, ich kann es nicht als Ende einer Geschichte empfinden, es ist eher ein neuer Anfang. Der Beginn einer Welt ohne sie, der Beginn einer Epoche in der wir, die oft viele Jahre lang mit ihr gearbeitet haben, die Nachfolge übernehmen werden. Auf unsere Art und Weise mit unserer Identität aber sicherlich wird immer ein wenig von Andrée mit in unserem Schaffen sein. 

So ist es mit der Kunst, sie ist ein Spiegel unserer Seele, und unsere wurde von Andrée inspiriert.

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