Auteur : Ariane pour CD
Malgré les coupures de communication liées aux orages et le décalage de nos situations respectives ; Marie en résidence à La Fabrica à Trévise sur un fond sonore qui fleur bon l’Italie et moi-même au bureau, après une journée bien remplie pour l’atelier martin berger, l’interview fut un échange extra, très humain, merci Skype !
Le berceau de ses premières inspirations vient de son enfance et des terrains vagues ou elle avait l’habitude de jouer dans son quartier du XXème à Paris.
Espaces de grande liberté, terrains de jeux éphémères, Marie revient souvent sur ses souvenirs pendant notre conversation,
Cette jeune diplômée de l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg en 2008, n’a pas perdu de temps !
Son travail de Designer autour de la divagation dans le quotidien, m’a totalement séduite. Non seulement, il a fait l’objet de son mémoire félicité par les membres du jury mais Marie ne cesse encore aujourd’hui, d’enrichir son sujet :
« C’est dans le vide que réside l’essentiel » ou « ce n’est pas le vase qui est important mais c’est le vide qu’il contient » …
Entre ses 2 expériences professionnelles, sa collection « Objets vagues » passe du dessin à leur réalisation…
La maison d’éditions Cinna réagit à sa proposition « l’étagère de coin » qu’elle présente au concours « Jeunes talents », première lauréate féminine, super Cocotte !
J’adore « Duvet » issue de cette même collection. Un mélange entre un duvet, un oreiller et un kimono…
Marie s’est attachée à l’aspect douillet et multifonctionnel pour l’utilisateur, dessus/dedans, sans y compromettre l’espace qui lui est destiné et l’idée primitive de la peau de bête enveloppante, rassurante … « Duvet » s’installe partout et à tout moment le temps d’un break, d’une parenthèse pour s’évader…
D’autres projets d’éditions sont en cours à partir de cette même collection mais à ce jour , motus et bouche cousue…
Je pourrais m’étendre davantage, tant il y a dire sur ce parcours si court mais déjà si plein, mais vous laisse plutôt apprécier les réponses de Marie à l’interview.
Votre parcours. Qu’est ce qui vous a sensibilisé pour choisir et évoluer dans le domaine du design ?
Je me suis toujours intéressée à beaucoup de choses différentes (meubles, objets, espaces, dessins, photographies, vidéo, installations...). Le design est le point commun de tous ces centres d’intérêt, un vaste terrain de jeu. Il représente pour moi une sorte d’expérimentation de la réalité et du quotidien.
Quelles richesses avez vous pu retirer de vos premières expériences ?
Des contacts intéressants : des artisans, des chefs d’entreprise, des vidéastes, des théoriciens, des graphistes , des photographes, des designers … mais aussi des lieux, des voyages.
L’idée de l’étagère de coin, par exemple ? Son histoire ?
L’étagère de coin est issue de la collection objet vague (une réflexion sur la divagation dans le quotidien).
Avec cette collection, je me suis particulièrement intéressée aux marges laissées dans les objets, aux zones d’hésitations, aux espaces intermédiaires qui permettent l’interprétation et l’appropriation chez l’utilisateur. En s‘écartant des typologies et des fonctions classiques, ces objets introduisent le doute chez l’usager. Ils constituent une brèche vers la divagation. La divagation n’est pas évidente ou immédiate, elle se trouve sur ce que l’on pourrait appeler la face b de l’objet.
Entre microarchitecture et mobilier, cette étagère de coin située entre 2 murs, marque le coin qui est un espace significatif dans la maison (une sorte de frontière entre deux plans). On peut entreposer des objets plus ou moins exposés ou cachés. Elle déplace les usages et pose en haut d’une échelle un cabinet de curiosité. Cette échelle à un barreau oblige à un vide, une respiration et permet aussi un accès facile ainsi qu’une assise rapide, pour feuilleter un livre par exemple.
Cinna m’a fait confiance et peu d’éditeurs en France avec un tel savoir faire s’engagent vers les jeunes designers !
Votre installation en résidence à La Fabrica ?
Fabrica est une formidable résidence aidant à la réalisation de projets individuels ou collectifs de jeunes designers, graphistes, photographes, vidéastes venus du monde entier. Depuis mon installation, j’ai eu la chance de réaliser Near the swimming pool, un banc pour le showroom Benetton de Milan, Balance une pièce en verre soufflé et chêne en collaboration avec la galerie Secondome, Soft Fold une cabane comme un temps de pause en collaboration avec Margaux Keller, Wanted Creativity une installation pour le magazine Colors…
Fabrica me permet aussi de montrer mon travail lors d’évènements comme le salon du meuble de Milan ou des expositions comme actuellement au Musée du
Grand-Hornu en Belgique.
Jusqu’au 23 octobre 2011« Objet préféré » présente une collection de 15 meubles dessinés par l’équipe de design Fabrica, à l’issue d’un workshop au Grand- Hornu. Chacun d’eux est inspiré par les histoires d’objets préférés contées par ceux qui font vivre ce musée fabuleux.
Tous les éléments ont été réalisés par l’équipe technique de l’ASBL Grand-Hornu.
Les étapes dans la création ?
Travailler sous formes de collection est vraiment stimulant. Parfois, je pars d’un lieu, de ce qu’il véhicule comme idée ou comme atmosphère. Je prends des photos, je dessine, j’écris et un fil conducteur devient moteur pour dessiner une collection. Le processus créatif représente pour moi un équilibre fragile entre instinct et réflexion.
Comment définiriez vous votre écriture?
J’essaye comme je vous le disais de travailler en partant de concept sans pour autant perdre une approche instinctive du projet.
J’envisage le design comme une façon d’aborder les choses qui nous entourent, une façon de voir et de donner à voir. Au-delà des formes, je cherche à développer de nouveaux usages. Mes projets relèvent de la proposition cherchant à amener un questionnement plutôt que des solutions.
La place des femmes dans la décoration/design, qu’en pensez vous ?
Dans le design et comme dans beaucoup d’autres domaines, il y a beaucoup de filles à l’école mais malheureusement, elles se raréfient par la suite. Cependant, je pense, que les choses bougent.
Les artistes qui vous inspirent ?
Des écrivains comme Charles Bukowski ou Jun'ichirō Tanizaki, des peintres comme Peter Doig ou Frank Bragigand, des réalisateurs comme Tarkovski ou Takeshi Kitano, des plasticiens comme Mathieu Mercier ou Olafur Eliasson, des photographes comme Steven Shore ou Raymond Depardon… la liste peut-être longue et s’en trouve souvent modifiée.
Des lieux qui vous touchent ?
J’aime beaucoup me promener dans le quartier de mon enfance, le XXème arrondissement à Paris. Même si cette ville perd de plus en plus son coté populaire, j’y reste réellement attachée.
Si vous étiez un lieu ?
Un terrain vague
Si vous étiez un meuble ?
Quelque chose entre un samovar et une échelle…
Un objet fétiche ?
Durant les six mois d’étude avec l’équipe du Grand-Hornu pour notre Exposition collective, (Musée de design en Belgique), je n’ai pas cessé de me répéter que la question « quel est votre objet préféré ? » était vraiment délicate, surtout pour un designer…
Un projet de rêve, une création que vous voudriez réaliser ?
Continuer à chercher, expérimenter, prendre des risques, s’amuser…
Qu’évoque pour vous le mot « Cocotte » ?
Une cocotte en papier
Merci Marie, et à très bientôt !
www.mariedessuant.com








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